Tirez meilleur parti de vos polices en conception

Les programmes de conception graphique disposent souvent d’une multitude d’outils permettant de travailler un texte comme on le souhaite. Je remarque pourtant souvent que les gens ne pensent pas à utiliser ces outils, soit car ils ne les connaissent pas, soit car ils n’ont pas envie d’apprendre comment ils fonctionnent.

Nous pouvons par exemple citer la casse, la taille de la police et l’interligne. Il est vrai qu’à l’époque de l’imprimerie manuelle, qui utilisait des caractères de plomb, ces éléments étaient difficiles à comprendre et on n’avait pas droit à l’erreur. Mais aujourd’hui, les outils informatiques rendent ces paramétrages intuitifs, conviviaux et surtout faciles à mettre en place.

Cet article n’utilisera que Adobe Illustrator, un logiciel de dessin vectoriel. Les mêmes outils sont disponibles dans Adobe Photoshop et Adobe InDesign – mais ce dernier en possède d’autant plus car il est axé sur le traitement de texte. Voyons donc à quoi ressemble le panneau de caractères d’Illustrator (pour le faire apparaître : Fenêtre -> Texte -> Caractère) :

illus_texte… Que j’ai rapidement agrémenté de numéros pour expliquer chaque option. Il y en a beaucoup à priori, mais la plupart sont rapidement expliquées.


1 et 2 – La police

Nous connaissons certainement tous le terme de police. Techniquement, il existe une différence entre la police et la typographie qui date de l’époque de la presse manuelle. Aujourd’hui, les deux termes sont souvent amalgamés.

Illustrator permet, comme tout autre programme gérant les caractères, de changer la police (1) puis le style de police (2). Le style est en fait déterminé par les fichiers de police. Il est possible de télécharger des polices sur des sites comme DaFont ou FontSquirrel. Par exemple, si vous téléchargez Caviar Dreams, vous pourrez voir quatre fichiers : la variante normale, une italique, une grasse, et une italique et grasse. Ces variantes seront donc spécifiées dans le style de police (2) (ce n’est en fait pas toujours le cas, parfois il vous faudra chercher dans le champ (1)).


3 – taille de la police

La taille de la police est par défaut déterminée en points, une unité à taille variable. Il est cependant possible de renseigner la valeur en millimètres en remplaçant simplement l’unité lors de la sélection de la taille. Illustrator gère assez précisément la taille des polices, comme on peut le voir sur l’exemple avec une valeur à deux décimales.


4 et 10 – l’espacement entre les caractères.

Il est effectivement possible de modifier l’espace entre deux caractères (10) ou deux mots (4). Pour utiliser l’option 4, il faut se placer avant ou après un mot, et changer la valeur. Illustrator propose d’aller jusqu’à 200, mais vous pouvez sans problème rentrer par exemple 2555.

L’option 10 s’utilise pareillement, sauf qu’il faut sélectionner plusieurs caractères – au minimum 2, et au maximum tout le champ de texte. L’espacement entre les caractères sera alors égal pour toute la sélection.

Il peut arriver qu’une police soit mal conçue, et que certains caractères créent alors un espace irrégulier lorsqu’ils sont à côté d’autres. Ces options sont prévues pour palier ces problèmes, mais elles peuvent aussi créer un effet stylistique, par exemple dans le nom d’une entreprise pour son logo.

Voici différentes utilisations de ces options (espacement entre « polices » et « sont », et dans les caractères « utiles ») :

espace_auto espace_bas espace_haut

 

 

De gauche à droite : espacement automatique ; espacement bas ; espacement élevé.


5 et 11 – Les échelles verticale et horizontale

Il est aussi possible de modifier l’échelle de son texte : (5) étant l’horizontal, et (11) étant la verticale.

La valeur est exprimée en pourcentage, 100% étant la taille normale (qui dépend bien sûr de la taille de la police). Donc, en-dessous de 100 le caractère diminue de taille et, en-dessus, elle augmente. En effet, il est possible de ne cibler qu’un seul caractère avec l’échelle ! Et il est bien sûr possible de ne que modifier l’une des deux échelles.

Un petit exemple de modification de l’échelle :

echelle_basse echelle_haute

 

 

A gauche, une échelle verticale basse. A droite, une échelle horizontale élevée.


6 – Déplacement de la ligne

(Mes excuses pour la traduction hâtive, mon logiciel Illustrator étant en anglais)

Cet outil permet de déplacer un caractère par rapport à une ligne de référence (qui est gérée par le programme). On peut donc régler la position verticale d’un caractère ou plusieurs afin de le monter ou de le baisser. Pratique par exemple pour les symboles de copyright ou de trademark, ou pour les exposants en math. Un petit exemple :

shift_sans shift_avec

 

 

A gauche, aucun déplacement. A droite, un petit déplacement en plus d’une réduction de la taille du caractère.


7 – Outils de transformation automatique

Ces quelques options permettent de transformer automatiquement une partie du texte sans passer par les moyens manuels. Nous avons :

transfo_autoLa casse capitale, la casse petites capitales, l’exposant, l’indice, le soulignement et le barré.

Mais d’abord, un petit aparthé : que sont la casse et les capitales ? Les capitales sont en fait les lettres majuscules – cependant, techniquement une majuscule n’est que la première lettre d’un mot. Les capitales, bien que similaires en apparence, sont toutes les autres lettres. Merci à quelleestladifference.fr pour l’exemple :

majuscule - Tirez meilleur parti de vos polices en conceptionLa casse est donc l’utilisation des minuscules et des capitales. Passer en casse capitale, par exemple, signifie de transformer toutes les lettres minuscules en capitales. C’est ce que la première option, représentée par les deux T majuscules, permet de faire.

L’outil des petites capitales passe toute la sélection en capitales, mais rétrécit les lettres qui étaient au départ des minuscules.

L’outil exposant va effectuer la même manipulation que j’ai faite précédemment : le caractère se déplace vers le haut est sa taille est réduite.
L’outil indice est similaire, mis à part qu’il déplace le caractère en-dessous des autres.

Le soulignement va… souligner les caractères. Toutefois, il est impossible de paramétrer sa couleur, son épaisseur, la distance entre le trait et les caractères… on privilégiera donc souvent de tirer un trait avec l’outil de dessin.
L’outil barré fera exactement la même chose, sauf que le trait se trouvera en plein centre des lettres.


8 – Langue

Il est effectivement possible de désigner la langue des mots sélectionnés dans Illustrator. A ma connaissance, cela ne change rien dans le programme (Illustrator n’ayant pas de dictionnaire de langues comme Word) et mes recherches ne trouvent rien. Si vous en savez plus, merci de m’en faire part par commentaire !


9 – L’interligne

L’interligne représente l’espace entre deux lignes de caractères. Une ligne est, normalement, définie par la distance entre les caractères longs (par exemple l et q, qui prennent de la place en haut et en bas). Par défaut, Illustrator propose un interligne respectant la taille de la ligne et ajoute seulement quelques millimètres pour les différencier. Cependant, certaines polices gèrent mal la hauteur de ligne et l’interligne devient alors anormalement élevé. C’est dans ces cas-là (mais pas que, bien entendu) que changer l’interligne est utile. Voici trois interlignes sur du texte en surbrillance dans Illustrator (avec des caractères longs pour illustrer la hauteur de ligne) :

interligne_auto interligne_bas

 

 

 

interligne_haut

 

 

 

De gauche à droite : interligne automatique (remarquez que les deux sélections noires se touchent) ; un interligne bas (il est possible de faire rentrer une ligne dans une autre !) ; et un interligne élevé.


12 – Rotation des caractères

Cette option permet de définir la rotation des caractères en degrés. Bien qu’il soit techniquement possible de simuler l’italique, les résultats ne seront jamais utilisables. Cependant, il est possible d’écrire du texte verticalement ! Il suffit de faire pivoter ses caractères de 90° puis de tourner la case de texte pareillement.

Ci-dessous un petit exemple de rotation :

rotation_seule rotation_italique

 

 

A gauche, une rotation de 30°. A droite, une simulation de l’effet italique : j’ai d’abord pivoté les caractères de 5°, puis j’ai rétréci l’espacement. Comme on peut le voir, il est impossible de créer un réél effet italique car les lettres pivotent entièrement, alors que dans une vraie police italique la base des caractères reste droite.


13 – L’anticrénelage

Vous connaissez peut-être mieux l’appellation anglaise d’aliasing. Le crénelage est du à une pixellisation élevée dans les images, et il est responsable de l’apparition d’escaliers dans les contours. Voici une image de Wikipedia résumant assez bien le concept :

Aliasing a - Tirez meilleur parti de vos polices en conception

A gauche, le caractère n’est pas traité par anticrénelage. Si on zoom assez, on peut donc voir les pixels agrandis et nets. A droite, un anticrénelage a été appliqué : les coins sont floutés, on voit donc un caractère plus affiné de loin.

Il est possible, dans Photoshop comme dans Illustrator, de choisir son anticrénelage. Petite particularité pour Illustrator : vous ne pouvez pas sélectionner une partie du texte. Vous devez obligatoirement utiliser l’outil de sélection, puis cliquer une seule fois sur votre case de texte. Il existe quatre choix : aucun anticrénelage, pointu, net, et fort. Dans l’ordre ci-dessous :

crén_aucun crén_net crén_pointu crén_fort

 

 

(Je vous conseille d’ouvrir les images dans un onglet séparé pour mieux voir les différences). Pas grande différence entre les trois choix ? C’est normal ! Les polices fournies avec Windows sont généralement bien faites, et n’ont pas besoin d’être encore traitées. Toutefois, certaines polices téléchargées sont mal construites et c’est alors qu’il peut être utile d’essayer l’anticrénelage avant de l’abandonner. Mais, ce n’est clairement pas un outil de conception : ne l’utilisez pas pour donner un effet spécial à votre texte.


 

Je rappelle que ces options se trouvent normalement dans tout bon logiciel de graphisme. Il peut donc valoir le coup d’apprendre à utiliser ces options pour maîtriser son texte et ainsi aussi se simplifier la vie !

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